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Louis SAGUER
1907-1991

Wolfgang Simoni naît le 26 mars 1907 dans le quartier de Charlottenburg, à Berlin. Neveu de Renato Simoni, co-auteur du livret du Turandot de Puccini, c’est sous le nom de Louis Saguer, identité choisie par lui en 1947 lors de sa naturalisation française, qu’il passera à la postérité. Dans sa ville natale, il étudie le piano avec Gino Tagliapietra, la composition avec Wolfgang Bülau et Wilhelm Klatte, et s’initie à la direction d’orchestre au Conservatoire Stern. Il travaille avec le compositeur Edmund Meisel sur les musiques des grands classiques d’Eisenstein, Le Cuirassé Potemkine et Dix Jours qui ébranlèrent le Monde, ainsi qu’avec Hanns Eisler (Kuhle Wampe) et Luis Trenker (Les Merveilles du Ski).
Entre 1927 et 1929, il est pianiste de ballet, assistant metteur-en-scène et chorégraphe à l’Opéra d’Etat de Berlin. Il exerce cette dernière fonction au Théâtre Piscator, où il est également chef d’orchestre. En 1929, à Paris, il étudie l’orchestration avec Louis Aubert tout en recevant les conseils d’Arthur Honegger et de Darius Milhaud.
En 1932, de retour en Allemagne, il suit le cours de musique radiophonique donné par Paul Hindemith au Conservatoire Stern, étudie la musicologie avec Kurt Sachs, et assiste Hanns Eisler à l’Université Ouvrière et à la Chorale Populaire de Berlin.
Il se fixe définitivement à Paris lors de l’avènement du nazisme en 1933. Épris de liberté, Louis Saguer fait de longs séjours en Provence, en Italie, en Sicile, en Espagne, au Portugal. Son besoin d’apprendre et sa culture exceptionnelle (il parle couramment huit langues) lui font étudier les hommes et leurs œuvres. Sa musique et la maîtrise dont il fait preuve dans toutes les disciplines de son art illustrent de manière éclatante son esprit encyclopédique. Le compositeur est en effet un pianiste et un claveciniste de haut niveau qui donne des concerts aux radios française, belge, allemande, à Darmstadt, au Festival de St Maximin… Ses préférences pianistiques vont surtout aux œuvres contemporaines (Boulez, Dutilleux, Jolivet, Martinet, Messiaen, Nigg…). Au clavecin, son goût l’oriente particulièrement vers les auteurs français, italiens, espagnols et portugais des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Accompagnateur chevronné, il collabore avec les prestigieux chanteurs que sont Marya Freund, Lotte Léonard, Hélène Bouvier, Irène Joachim, et Georges Thill. Assistant de Hermann Scherchen et chef de la Chorale Populaire de Paris, Louis Saguer dirige et crée de nombreuses œuvres françaises à la radio. Il enseigne l’analyse à Darmstadt (1949), à la Fondation Gulbenkian de Lisbonne (1962-1968) et à l’Université d’Aix en Provence, tout en donnant de nombreuses conférences. Il renoue avec son activité de compositeur de musique de film en signant la partition du Signe du Lion d’Eric Rohmer.
« Je connais Monsieur Wolf Simoni depuis plusieurs années, écrit Arthur Honegger en 1941. Il m’a montré et j’ai entendu ses œuvres que je considère comme remarquables et prouvant d’un talent très au dessus de la moyenne. Sa technique me semble tout à fait en rapport avec ses dons et en fait un musicien qui prendra certainement sa place bientôt ». Confirmant cette prédiction, Louis Saguer reçoit le Copley Award à Chicago en 1961, la Grand Prix de Monaco en 1964 pour son opéra  Mariana Pineda, le Premier Prix de l’American Association of Negro Musicians en 1973 pour Daybreak in Alabama, et le Prix de la Sacem en 1974.
Parmi ses élèves ou disciples, on peut citer notamment Pierre Boulez, Guy Morançon, Amali Tlil, Bruno Schweyer, Robert Francès, Iannis Xenakis, Alain Bancquart et Nicolas Bacri.
Ce merveilleux compositeur, dont l’humour était aussi vif que l’intelligence, décéda à Paris le 1er mars 1991. Il manifestait une vive curiosité, dont la musique n’avait pas l’exclusivité, ignorait les concessions et poussait la discrétion à l’extrême. Cette attitude lui permit de situer sa démarche hors des modes et des mouvements. Malheureusement, elle ne l’aida pas à se faire connaître du grand public.

 Louis Saguer a bien souvent enseigné l’interprétation et l’analyse, pour laquelle il avait un rare talent. Mais sa volonté de laisser ses œuvres s’imposer d’elles-mêmes et le refus d’en démonter publiquement les rouages font qu’il n’en a quasiment jamais rien dit. On peut le déplorer, car si certaines d’entre-elles, libres et spontanées, peuvent se passer de commentaires, il en est d’autres, très travaillées, dont il est difficile de saisir la genèse. Louis Saguer commençait souvent une composition par l’exploration du matériau sonore - gammes, rythmes, accords, etc. Puis il se fixait des règles afin de pouvoir structurer et organiser son œuvre. Au fur et à mesure qu’elle se développait, ces règles perdaient leur raison d’être. De cette conception initiale, la création  terminée ne conservait que quelques vestiges.
En 1966, Louis Saguer se décrivait comme « tiré entre le progressisme et l’avant-garde, se réclamant des deux, et aspirant à une difficile sinon impossible synthèse. »  On comprend qu’il n’ait appartenu à aucune « chapelle », aucun mouvement esthétique ou école. Pour lui, il fallait que les « œuvres rayonnent et pénètrent partout en apportant de la joie. Q’importent les « degrés de niveau » ? Qui décidera de la valeur absolue de l’Art de la fugue ou de la Sérénade de Schubert ? L’essentiel n’est-il pas que le message arrive à destination ? Qu’il se répande ? ».

Sur la quarantaine d’opus qui constituent son catalogue “officiel”, on perçoit deux fils rouges, en quelque sorte,  la voix et le piano. 
Deux témoignages de proches ou disciples viennent éclairer les rapports que Louis Saguer entretenait avec le piano. Tout d'abord celui du pianiste Jay Gottlieb.
"Il est certain que des expressions telles que "l'habit de ne fait pas le moine" expriment la plupart du temps des vérités indéniables et surtout utiles dans de multiples occasions, mais en ce qui concerne la musique pour piano de Louis Saguer, on peut affirmer haut et fort que "l'habit c'est le moine". Pour nous qui avons eu la chance de connaître cet homme exquis ainsi que de jouer sa musique, la corrélation entre l'être qu'il était et le fruit de sa production ne peut que frapper. J'ai été l'heureux créateur du concerto pour piano et orchestre, "Quasi una Fantasia" (1983/1984) et j'ai joué ses "Schegge e Stralci" (1985) pour piano seul dont le matériau est tiré du concerto. C'est un régal de couleurs les plus diverses, du plus "scintillant" au plus "morbide", pour citer des termes bien à lui.
Ce qui caractérise sa musique pour piano, c'est un sens de la ligne, d'une courbe principale, mais une ligne souvent perturbée (lire "épicée") par des appogiatures ou des acciacatures ou des trilles ou des battements ou des tremolandi ou des guirlandes de petites notes ou de traits virtuoses dont la fonction est d'épaissir le discours tout en faisant bien sortir la ligne principale. L'indication "transparent" ponctue souvent cette musique, symptomatique d'une certaine quête de clarté, voire de linéarité malgré son apparente densité.
D'autres indications rencontrées, comme "ritmico e svelto" ou "indifferente", sont typiques et révélatrices. Le contraste entre une écriture tour à tour "rythmée" (les modes rythmiques grecs y sont omniprésents) ou "libre", "fluide", donne à l'interprète et à l'auditeur une réelle satisfaction, car les besoins d'une pulsation dynamique et d'une exploration non mesurée des plaisirs sonores, sur le moment, sont pleinement adressés.
Saguer n'a que Ohana comme rival quand il s'agit de la perfection dans ces passages en secondes ondoyantes autour d'une mystérieuse ligne mélodique qui sonne comme une incantation intemporelle. Mais juste au moment où l'on risque de quitter la terre, en haut de la page suivante se trouve un (beau) dessin d'une tête de chat afin de nous communiquer, avec un bon clin d'œil, que cette section doit être jouée de manière féline !
Une musique à découvrir, donc. Sans esbrouffe, honnête dans la mesure où chaque note a été bien entendue par le compositeur, la musique pour piano de Louis Saguer n'a besoin que d'elle même pour imposer sa richesse, son élégance, sa puissance et sa qualité".

Après le témoignage de l'interprète, il est intéressant de découvrir celui du compositeur Bruno Schweyer.
"Comme tout homme, Louis Saguer a besoin de présences amies. Les plus constantes sont sa bibliothèque et son piano ; ou plus exactement un piano, n'importe lequel, un médiateur, un moyen de communiquer avec demoiselle Musique, un serviteur fidèle qui lui a permis de composer et d'avoir mille joies. Il avait une préférence pour trois formes d'instruments : les percussions, le piano et l'orgue. Curieusement, il n'a écrit qu'une pièce pour ce dernier (une commande) et, pour le piano solo : Trois inventions en sonatine (1937), pour piano ou clavecin, Deux inventions (1944) pour piano, ou flûte, hautbois, ou clarinette... bref, avec dessus-dessous ; quelques pièces légères pour piano à 4 mains et enfin une œuvre écrite vraiment pour l'instrument : Schegge e Stralci. Donc, ce n'est qu'à la fin de sa vie qu'il écrit une pièce pour orgue et une pour piano solo. Mais si celui-ci est un instrument qui a mille possibilités et fonctions dans tous les styles, c'est aussi un instrument que chaque grand compositeur "invente". On ne peut comparer Beethoven avec Chopin, ni Liszt avec Debussy, Ravel, Prokofiev ou... Louis Saguer.
Il n'a écrit que très peu pour l'instrument à marteaux qui est néanmoins presque omniprésent dans son œuvre. Il l'utilise de trois façons : piano solo (rare), piano d'accompagnement et piano avec orchestre.
Celui qui accompagne est celui des mélodies et de la musique de chambre. Comme le piano de Ravel, il a souvent été orchestré ; il est plus musique que piano. Le piano avec orchestre (solo ou pas) est une présence merveilleuse, irremplaçable et d'une écriture très originale. C'est lui qui souligne tel rythme, telle couleur ou le galbe d'une mélodie, qui indique les pulsations, les respirations et ce qui est important ; il colorie, devient soliste puis sobre et secret.
Si l'on supprimait le piano dans l'œuvre de Louis Saguer, on estimerait sa grandeur : sublime par discrétion, pareil à son auteur".

En 1997, pour le quatre-vingt dixième anniversaire de sa naissance, le comité d'honneur, constitué pour cette occasion, comprenait des noms aussi divers que ceux de Gilbert Amy, Nicolas Bacri, Alain Bancquart, Henry Barraud, Pierre Boulez, Henri Dutilleux, Serge Nigg, Amali Tlil, François Vercken, Jean-Jacques Werner ou Iannis Xenakis, pour ne citer qu'eux. Ne sont-ce pas là des témoignages d'estime venus d'horizons esthétiques les plus divers envers un nom qui rassemble, une œuvre qui interroge, un langage qui impose ? Une question, presque lancinante, se fait jour : pourquoi les œuvres de Louis Saguer sont-elles si peu connues malgré leur exceptionnelle qualité ? A cette interrogation qui le plongea maintes fois dans les profondeurs insondables du doute, il répondit : « Ma situation est seulement la conséquence de mon incapacité de me promouvoir avec succès et de mon caractère insolite ». Son « incapacité à se promouvoir » illustre sa volonté de « ne rien devoir à personne, de refuser toute publicité, toute démarche, toute combinaison » ; « comptant seulement sur la qualité de mon travail et espérant qu’il s’impose de lui-même. Le pire obstacle : les amis qui ne veulent pas accepter mon  attitude », résuma-t-il en quelques phrases lapidaires.Après son décès, trois de ses amis se mettent au travail pour faire partager cette musique merveilleuse. Ses manuscrits sont déposés à la Bibliothèque nationale de France, comme il le souhaitait.
Suivant la publication de son autobiographie (en allemand et bientôt en français), un premier enregistrement discographique du Chant du Monde consacré à ses œuvres a permis de découvrir un des grands musiciens du XXe siècle. Souhaitons que sa musique occupe enfin la place qu'elle mérite, l'une des toutes premières.



Liste des oeuvres disponibles du compositeur :

Partitions en vente :
  Brano-Altro Brano di un pezzo di quattro
  Musique à Trois (REF:MC4161)
  Musique au Loir (REF:PO4699)
  Musique au Loir (REF:HP4700)
  Quadrilles (REF:MC4159)
  Quatuor n°0 (REF:MC4123)
  Sicut...Sapientes...Et, pour orgue seul (REF:OR4042)

Partitions en location :
  INL
  Musique au Loir (REF:PO4699)

Discographie :
   (REF:LDC 2781121)

 
 
     
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